« 11 février 1842 » [source : BNF, mss, NAF 16348, f. 137-138], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10716, page consultée le 05 mai 2026.
11 février [1842], vendredi matin, 11 h.
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon cher petit Toto de mon âme. Est-ce que tu
es
fâché que tu n’es pas venu, mon amour ? J’aurais donné tout au monde cette
[nuit ?] pour te faire rester un instant de plus, sans le devoir à ta complaisance et à ta douceur inaltérable.
Si j’ai été impatiente et triste, c’était parce que je te voyais prêt à partir et
que
je n’avais pas encore eu le temps de t’embrasser. Car si tu le remarques, mon cher
adoré, ce n’est jamais quand tu viens que je suis de MAUVAISE HUMEUR, c’est toujours
au moment où tu t’en vas. Mais hier, mon pauvre bien-aimé, ce n’était pas de la
mauvaise humeur, c’était de la tristesse profonde car j’avais toutes sortes de bonnes
choses dans le cœur que je voulais épancher dans le tien et qui en étouffaita. Tu sais bien mon Victor adoré que je
t’avais à peine vu hier, à peine parlé et jamais seule.
Aussi quand j’ai vu que l’heure était arrivée et que tu allais partir, je n’ai pas
été
maîtresse de ma tristesse et de mon impatience. Pardonne-moi mon adoré et pense que
je
t’aime plus que ma vie, et que je n’ai de joie qu’en toi et de chagrin que de ton
absence.
J’ai déjà lub et
baiséc ma bonne petite lettre
ravissante ce matin. Je la relirai encore tout à l’heure. Merci mon Toto adoré, tu
n’as jamais rien écrit de plus doux, de plus tendre, de plus admirable et de plus
généreux. Merci du fond de l’âme à toi, toute ma vie.
Juliette
a « étouffais ». Autre possibilité, que Juliette ait remplacé par erreur « j’ » par « qui ».
b « lue ».
c « baisée ».
« 11 février 1842 » [source : BNF, mss, NAF 16348, f. 139-140], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10716, page consultée le 05 mai 2026.
11 février [1842], vendredi soir, 10 h. ¼
Mon cher bien-aimé, mais c’est une horreur. Je ne te vois pas, je ne te baise pas,
je ne te dévore pas, pas comme j’en ai l’envie et le besoin, ça ne peut pas durer
plus
longtemps comme ça. C’est fini. Je n’en veux plus, je n’en veux plus, c’est-à-dire
que
je veux de vous toujours tout plein et puis encore. Est-ce que vous ne me ferez pas
raison de tousa ces désirs et de tous
cesb besoins si peu satisfaits jusqu’à
présent, mon amour ? Je vous assure que vous pouvez venir TOUJOURS et que vous me
trouverez toujours très AIMABLE et de très BONNE humeur,
mais surtout très amoureuse de votre adorable petite carcasse.
À propos de
carcasse j’ai eu affaire à celle de la vieille druidesse1 pendant près de deux
heures et vraiment j’en avais assez. Avant elle j’avais eu Penaillon, Mignon et Lafabrègue qui à eux
tous m’ont pris tout mon argent, et depuis elle j’ai vu la Dabat avec vos bottes, que j’ai ajournéec comme vous pensez bien.
Maintenant je voudrais vous voir. Je donnerais un mois de ma vie pour vous faire venir
tout de suite. Je vous aime tant mon adoré, tant, tant que je n’ai plus de place pour
autre chose. Je vis en vous, par vous et pour vous. Tu es ma vie mon bonheur, ma joie
mon âme mon tout.
Juliette
1 Mme Devilliers, la maîtresse de pension dont elle attendait la visite.
a « tout ».
b « ses ».
c « ajourné ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
